Accueil Retour vers les dosssiers Suivant Suivant PrécédentDossier Les chants de marins - 2
Par Yves B. Article publié sur :
www.forumdesforums.com Un très bon article, riche et précis. Je le mets en ligne sans avoir pu contacter son auteur afin de lui en demander l'autorisation. Le chant pour leur faire oublier leur condition. La vie de ces forçats de la mer fut donc ponctuée et cadencée par des comptines et complaintes qu'ils inventèrent pour adoucir un quotidien soumis au dur labeur et, ce, du capitaine au moussaillon, car, avant tout, un bateau est un équipage. Il faut imaginer ce que pouvait être la vie à bord d'une goélette islandaise ou d'un trois-mâts carré, d'un vaisseau de ligne, d'un trois-mâts barque, plus encore d'un quatre-mâts ! Bourlinguer sur et sous des éléments parfois hostiles, utilisant une cartographie encore imprécise, voire balbutiante, calculant une estime douteuse, cela pendant des mois de navigation. Car les campagnes duraient, au minimum, deux ans ; les familles à terre attendaient d'interminables périodes sans nouvelles. Des quarts épuisants, par bordée ou tiers pour seulement six heures de sommeil aléatoire, lorsque le vent et la mer dépassaient la force 7, rythmaient leur existence. Le plus souvent, ces hommes couchaient mouillés dans des bannettes, mais plus couramment dans des hamacs ou des bat-flancs. Parmi les thèmes des chansons qui illustreront notre propos, la nourriture reviendra périodiquement : des biscuits pleins de vers, des fayots et du lard rance...un quart de vin le jour, le boucharon de tafia pour récompenser un effort exceptionnel. Laissant là-bas la belle paimpolaise ou la rousse irlandaise, les mois défilaient. Comment tenir aussi longtemps un équipage dans la promiscuité d'une chambrée ou l'exiguïté d'un carré, lorsque les hommes étaient chahutés par la tempête et roulés de bord à bord ou lorsque les nerfs étaient mis à l'épreuve dans les calmes plats ? Comment se retrouver face à soi-même et s'isoler ? D'autant qu'il arrivait que ces hommes soient embarqués de force pour des aventures où la mort, le froid, la chaleur, les rixes, les maladies et la souffrance étaient le lot quotidien. Embarquement et débarquement : Dans les shanteys anglaises, il en est une, mieux que tout autre, qui traduit la vie de ces hommes venus d'un autre monde lorsqu'ils regagnent la terre : on y retrouve le thème très proche de Jean-François de Nantes : off to sea once more. Nous nous imaginons les gars de Liverpoool, les boys, chez nous, oh mes boués, débarquant les poches pleines de guinées amassées lors de la dernière campagne et chantant cette complainte : no more, no more we go to sea, no more...avant de vider dans les pubs et les tavernes le fruit de leur campagne et de dispenser leurs largesses auprès des filles du port. Alors, bien sûr, la belle vie, la bamboche aura une fin. L'armateur ou le capt'ain qui, par hasard, traîne sur les docks profitera de l'occasion pour leur glisser leur prochain rôle d'embarquement, alors que les "sailors", avec leur dernier penny, entonneront, après une ultime pinte, ce chant pour étarquer comme disent les nôtres ( once more, once more, we go to sea once more ). Embarquement et débarquement. C'est à l'embarquement que le chant marin prend tout son sens, servant à rythmer les longues heures de travail à bord, remède efficace, s'il en est, contre la monotonie, quand la violence est parfois sous-jacente ; ces tableaux vivants refléteront ainsi la vie de ces hommes repus de travaux harassants. A quand remontent les chants de marins ? Dès l'antiquité, des textes nous apportent la preuve qu'ils étaient utilisés pour rythmer les travaux des ports. Les premiers témoignages précis remontent au XVe siècle, mais dans la tradition orale française nous retrouvons des exemples de chants très primitifs ( mélopées monotones sur trois ou quatre notes) plus proches du cri chanté que du chant. Ils servaient entre autre à déhaler les navires, à compter les paquets que les dockers se passaient en faisant la chaîne, à hisser certaines voiles. Les chants de travail sont variés à bord des grands voiliers ; ils fleurissent aux XVII et XVIIIe siècle dans toute l'Europe pour atteindre leur apogée à la fin du XIXe siècle, durant lequel furent écrits les plus connus, ceux qui aujourd'hui nourrissent notre patrimoine. A l'apogée de la marine à voile, vers 1900, les grands voiliers sont de véritables cathédrales de toile. Le N'ord, par exemple, quatre-mâts barque lancé dans la rivière Clyde en 1889 mesurait 101 m et portait 6000 m2 de voilure et son grand mât culminait à 60 m. C'est, paradoxalement, le progrès technique, nous explique la revue du Chasse-Marée, qui a fortement contribué au développement des chants de marins, qui va provoquer leur disparition. La flotte de 1235 navires qu'arme la France vers 1900 va très rapidement s'éteindre. Dès 1930, les trois-mâts sont devenus rares et la deuxième guerre mondiale poursuivra cette œuvre destructrice. St Malo conserve sa flotte de Terre-neuvas jusqu'à la fin des années 50, le dernier trois-mâts Le Lieutenant René Guillon sera vendu à un armateur indien et quittera le quai Duguay-Trouin par une grise journée d'hiver 1955. Nous étions tristes, nous autres malouins de le voir partir, car une page se tournait inexorablement. Néanmoins, la tradition ne sera pas perdue, l'ampleur des échanges maritimes dans le monde anglo-saxon du XIXe siècle a permis l'élaboration d'un répertoire de shanteys impressionnant par sa richesse, son originalité et sa variété.
Il y a trois sortes d'hommes, les vivants, les morts et ceux qui vont sur la mer. Platon 1 -
Les peuples de la mer nous offrent une riche histoire maritime. 2 -
Le chant pour leur faire oublier leur condition. 3 -
Embarquement et débarquement. 4 -
Pour quelles manœuvres furent créés ces chants de marins ? 5 -
Quels sont les instruments qui accompagnent les chants ? 6 -
Qu’expriment les chants de marins ? 7 -
Le patrimoine sauvegardé. Cliquez pour atteindre le paragraphe
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