Accueil Retour vers les dosssiers Suivant Suivant PrécédentDossier Les chants de marins - 3
Par Yves B. Article publié sur : www.forumdesforums.com Un très bon article, riche et précis. Je le mets en ligne sans avoir pu contacter son auteur afin de lui en demander l'autorisation.
Il y a trois sortes d'hommes, les vivants, les morts et ceux qui vont sur la mer. Platon 1 - Les peuples de la mer nous offrent une riche histoire maritime. 2 - Le chant pour leur faire oublier leur condition. 3 - Embarquement et débarquement. 4 - Pour quelles manœuvres furent créés ces chants de marins ? 5 - Quels sont les instruments qui accompagnent les chants ? 6 - Qu’expriment les chants de marins ? 7 - Le patrimoine sauvegardé.
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PrécédentPour quelles manœuvres furent créés ces chants de marins ? Chants au guindeau : le guindeau étant un treuil à axe horizontal actionné par un système de balancier, les marins poussaient alternativement sur l'une ou l'autre des bringuebales. Chants au cabestan : treuil à axe vertical actionné par des barres réparties autour du tambour central, que les matelots poussaient en marchant par groupes de trois ou quatre sur chaque barre. Chants à hisser : voile enverguée fixée à une lourde vergue horizontale, la voile se déploie au fur et à mesure que la vergue est hissée le long du mât. Avant même que l'ancre ne soit arrachée au fond, on hissait le grand foc. Ce sont des chants bien rythmés qui vont imprimer aux matelots une cadence qui leur permettra de décupler leur force. Chant à curer les runs : les marins creusaient des tranchées dans le sel de la cale pour y répartir au fur et à mesure les morues pêchées, préparées et salées. Les pelletées de chaque équipe étaient comptées par un grand nombre de courtes chansons de quatre vers. Chant à virer : au cabestan que l'on utilise en particulier pour lever l'ancre, manœuvre fort longue et que l'on utilise également pour amurer et hisser certaines voiles et brasser les vergues. Chant du gaillard d'avant : chanson à rêver. Le gaillard d'avant est une sorte de place publique sur les grands vaisseaux à voile d'autrefois. Etant donné les risques d'incendie, il était interdit de fumer ailleurs que sur le pont supérieur. On venait y allumer sa pipe au pout de mèche gardé par un factionnaire. On y échangeait les derniers potins du bord, on y racontait de bonnes histoires et, bien sûr, on y chantait. " La chanson devient alors passerelle légère qui, le temps de quelques couplets, enjambe l'océan et permet au matelot de rejoindre le jardin de son enfance, des souvenirs et des visages familiers " - écrit Jean Rolland avec poésie dans un livre magnifiquement illustré par Pierre Joubert sur les chants marins. N'oublions pas non plus les chants à danser, les chants des ports, les chants à ramer, les chants à pomper. Voici donc la panoplie des chants qui scandaient les manœuvres. Ils s'utilisaient en général dans la discipline et la bonne humeur, car chacun connaissait le bien-fondé de celles-ci pour la bonne marche du navire et la sécurité des hommes, tout marin sachant d'instinct que si " la mer est un espace de rigueur et de liberté, celui qui oublie la rigueur perd sa liberté ". Maxime qui ne s'oppose nullement à la réflexion de Charles Baudelaire : " Homme libre, toujours tu chériras la mer". Quels sont les instruments qui accompagnent les chants ? Ecoutons les experts en la matière du Chasse-Marée : en France prime l'accordéon diatonique. Les Anglais, quant à eux, emportaient à bord violons et concerti. Sur les bâtiments allemands et italiens, on pouvait entendre de véritables orchestres. Mais, avant tout, c'est avec " la goule" que Jean le marin menait les chants de travail, les rondes, ou même les complaintes. Dans l'histoire racontée, la voix est essentielle, la musique ne servant que de support. Il ne faut pas oublier les phases à répondre où l'on répète ce que dit le meneur. Le plaisir de la variation fait intimement partie de l'art du bon chanteur de bord.